blablablah on the blue way

03 janvier 2010

encore un texte sans titre ni fin établie, tout commentaire ou/et suggestion bienvenus

   Il y a , quelque part, un arbre sur une île. Lui tres grand, elle toute petite. Je ne vous dirai pas où ni sous quel tropique mais, si vous les approchiez, vous ne vous y tromperiez pas : c'est le plus grand arbre au Monde, c'est la plus belle île qui soit.
   Elle est de terre sableuse, de copeaux cristallins ; voluptés rocheuses sculptées aux vents marins. Il est de toutes les couleurs, ses branches soutiennent le ciel ; l'île en apesanteur flotte sous ses ailes.
Paraîtrait-il, même, que ses racines nagent sous elle.

   Aucune autre plante sur l'île n'a poussé, car il, de ses ailes, monopolise pluie et soleil. Elle, dans son ombre infertile, attends que ses fruits tombent et fécondent l'île.
   Mais il offre ses fleurs aux oiseaux, qui du Monde entier viennent l'admirer et se querellent pour y pouvoir nicher. De la-haut rien ne tombe á part, et c'est rare, une plume parfois arrachée au combat.
   Rien n'atteint le sol que son ombre invincible qui projette également loin (encore) sur l'océan.

   Il, comme elle, a oublié son passé : il était une graine, elle une extrémité. Il a poussé, elle s'est détachée. L'un a pris du haut et l'autre le large.
   (Ils sont) désormais soudés dans leur amnésique majesté.

-ici manque qqch-

   Au milieu de nulle part, leur beauté rare, que personne ne voit, existe aux yeux du Monde. L'oeil vent, l'oeil océan, la caresse des éléments. Tout ce qui vit et se meut dans la mer, dans les airs, sait la beauté incroyabe de cette île, la grandeur inégalée de cet arbre.
   Il si haut, elle si belle, sans passé sans avenir, sans même un témoin humain, n'ont ni justification ni raison d'être, juste ils sont.

Posté par herblog à 17:45 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


28 août 2008

quelle fin pour ce texte ?

    Il y avait un pays et il y avait une route sur laquelle personne ne passait (à ce que l’on raconte, car Ceux qui en parlent n’y sont pas, Eux-mêmes, passés alors qu’en savent-ils ?). Depuis des générations les gens du pays s’évertuaient à dompter la montagne et le fleuve plutôt que d’emprunter le chemin maudit. Depuis des générations l’habitude avait été prise, la légende devenue Histoire et l’imagination Science.

Quiconque s’y aventurait était voué à ne jamais revenir. La route abandonnée était pourtant restée praticable : pas la moindre végétation n’encombrait le passage mais les arbres sur son côté projetaient une ombre constante qui semblait inviter à la promenade.

Où allait cette route ? Qui l’avait construite et pourquoi avait-on cessé de l’utiliser ? Autant de questions sans réponses ; d’ailleurs le simple fait d’en mentionner l’existence introduisait la terreur dans les discussions. L’on finit par en boucher l’accès et interdire le sujet de conversation dans le public comme en privé. Il y eut un mur érigé entre la montagne et le fleuve, un mur aussi haut que la cime des arbres qui bordent le chemin prohibé.

    C’est par cette route, mon fils, que je suis arrivée, c’est au pied de ce mur que tu es né, sous un de ces arbres que tu ouvris, pour la première fois, les yeux.

    J’ai marché des kilomètres sans y rencontrer le moindre danger mais je m’y suis trop fatiguée… J’ai dû fuir et à présent je dois t’abandonner… je t’offre un destin et un peuple. J’ai vu ce qu’était cette route, fils : les Puissants y cachent leurs biens et leurs projets, sous chaque pavé et derrière chaque tronc se trouve un trésor… Va et grandis, ne dis pas d’où tu viens, fais-toi d’abord aimer… Puis tu sortiras les Pauvres du fleuve, tu descendras Ceux des montagnes et tu détruiras ce mur qui t’a vu naître. Alors seulement ils comprendront… et tu me pardonneras.

    Va fils, tu es arrivé chez toi.

ou :

    Il y avait un pays et il y avait une route sur laquelle personne ne passait (à ce que l’on raconte, car Ceux qui en parlent n’y sont pas, Eux-mêmes, passés alors qu’en savent-ils ?). Depuis des générations les gens du pays s’évertuaient à dompter la montagne et le fleuve plutôt que d’emprunter le chemin maudit. Depuis des générations l’habitude avait été prise, la légende devenue Histoire et l’imagination Science.

Quiconque s’y aventurait était voué à ne jamais revenir. La route abandonnée était pourtant restée praticable : pas la moindre végétation n’encombrait le passage mais les arbres sur son côté projetaient une ombre constante qui semblait inviter à la promenade.

    Où allait cette route ? Qui l’avait construite et pourquoi avait-on cessé de l’utiliser ? Autant de questions sans réponses ; d’ailleurs le simple fait d’en mentionner l’existence introduisait la terreur dans les discussions. L’on finit par en boucher l’accès et interdire le sujet de conversation dans le public comme en privé. Il y eut un mur érigé entre la montagne et le fleuve, un mur aussi haut que la cime des arbres qui bordent le chemin prohibé.

    C’est par cette route, mon fils, que je suis arrivée, c’est au pied de ce mur que tu es né, sous un de ces arbres que tu ouvris pour la première fois les yeux.

    Tu sors donc d’un interdit et je suis maudite… Pourtant j’ai été belle et tu seras fort. Cette route sera ta honte ou ta fierté mais elle demeurera secrète car aucune carte n’en fait mention. (Aujourd’hui les rares qui savent s’en servent pour effrayer les enfants pas obéissants : menacent de les abandonner sur ce chemin sans retour.)

Toi, mon enfant, ma chair et mon bout d'âme, sois sans crainte et sans tabou. Ouvre donc tes yeux et marche bien tes pieds… Touche ces arbres et avale cet air frais (ce seront tes vérités).

    Si tu deviens un héros, tu briseras le mur du tabou, tu réuniras le fleuve et la montagne.

    Si tu deviens un Homme, tu verras beaucoup de routes et garderas celle-ci comme refuge ; elle te protégera car elle est hors du temps et de l’espace, tu y chemineras comme l’on plonge en soi-même, quelques pas dans l’éternité, une balade dans le paysage de ton identité.

    Si tu deviens un héros, le Monde changera et tu seras éternel dans ta mission accomplie. Mais je préfèrerais que tu devinsses un Homme, que le Monde se passe de toi et que, toi, tu ne te passes jamais de moi. Car je t’abandonne ici, ta quête humaine sera ce pardon que tu me veux donner, et dans tes doutes et dans tes efforts je serai toujours présente, le jour même de ta mort j’habiterai encore tes pensées. Ta quête héroïque irait bien plus loin et je n’y trouverais de place que dans l’ombre du souvenir léger de tes premières minutes de vie que tu prendrais d’ailleurs pour une rêverie.

    Je te laisse au haut de ce mur où j’ai saigné mes dernières griffes.

    Parce que je t’aime je ne te façonne pas. Je ne choisis pas pour toi de quel côté du mur tu tomberas.

    Va vis et deviens.

Posté par herblog à 18:28 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

RAP pour Etienne

Cher ami

-permets que je te nomme « ami »

                                       même si

nous nous connaissons si peu,

                                       même si

nous n’avons partagé que

quelques fêtes et des silences, des moments d’insouciance.

choeur : L’insouciance c’était hier

               mais aujourd’hui

               on s’fait du souci,

               attendant ton sursis.

Tu sais ? J’pense à toi,

c’est vrai, quelques fois…

et y en a

qui pense à toi

bien plus que moi.

J’pense a toi aujourd’hui,

                           je t’écris

depuis un coin de mes voyages,

                           je t’écris,

depuis l’extérieur de la cage,

quelques lignes et des silences, et surtout des silences.

J’voudrais pas qu’tu t’sentes seul

ou que tu aies la haine.

Sois fort pour ton fils,

sois libre pour toi-meme .

Tant pis pour l’injustice

et pour le temps perdu.

choeur : Faut pas qu’tu t’croies tout seul

               et que t’aies de la peine.

               Sois libre pour ton fils

               car ta liberte même

               en prison elle existe

               et tu l’as pas perdue.

Elle est dans ta tête, bien sûr,

et aussi dans ton cœur,

malgré tous ces murs

autour de ton corps.

Elle est ta force et ta constance

(choeur:)pour pas basculer.

Ta compagnie,

ta confiance,

ta conscience,

ta fierte.

D’ailleurs,

j’en connais

des pas libres qui sont pas en prison :

des enfermés de l’intérieur

des otages sans rançon.

Alors,

si tu manques d’espace,

ou quand un maton

décide à ta place,

si t’as l’impression

d’être un numéro,

un robot

                  sans vie,

comme fantôme de toi-même,

                       et si

t’as l’honneur qui saigne…

alors,

l’ami,

pense à eux et ne leur ressemble pas.

N’abandonne surtout pas

ta liberté tes rêves et tes souvenirs.

Ton identité

c’est pas

d’être un prisonnier.

choeur : C’est pas ton avenir.

               C’est pas d’être un prisonier.

               N’abandonne jamais

               ta liberté.

Je pense à toi aujourd’hui,

                              je t’écris

depuis un coin de mes voyages,

                              je t’écris,

depuis l’extérieur de la cage,

quelques lignes et des silences, et surtout des silences…

Ta liberte

Posté par herblog à 16:56 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

02 août 2008

des bouts de cahier, des bouts de voyage, le bout du Monde

Même pas peur de la page blanche !

même pas blanche de la page peur.

blanche pas page, peur même de la...

La peur blanche de pas même page !

- Qu'est-ce qu'elle attend ?

- C'est vrai ça, qu'est-ce qu'elle peut bien attendre ?

- Ou qui ? Qui est-ce qu'elle peut attendre comme ça ?

- Non, elle n'attend pas comme on attend quelqu'un.

- Elle attend comme je n'ai jamais vu attendre ... ni quelqu'un ni quelque chose.

- En tous cas elle attend (pour sûr) ; d'ailleurs elle ne s'en cache pas.

- Elle est là, à ne rien faire, devant tout le monde. Et tous ils s'affairent, tous ils s'occupent et se dépèchent. Elle seule demeure... (à ne rien faire.)

- Lorsqu'on lui demande ce qu'elle fait, sans honte ni complexe, elle répond simplement "rien".

"Que fais-tu ?" On lui demande

"Rien." Elle répond.

- Je crois qu'elle dit la vérité.

- Mais quand-même !

- Oui, quand-même !!

- Enfin !

- Je suis d'accord.

Posté par herblog à 16:28 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

28 juillet 2008

the ama zone

  A urore équatoriale, la lumière précède la chaleur.

    M atin-lever de rideau et retour des couleurs.

        A  nouveau sous un grand bleu et sur le marron clair.

            Z one sauvage, densité des verts...de leurs mystères...

        O dyssée tranquille, sans surprise, sans heurt,

    N i routine pourtant, car tous les jours à la même heure

E ntre en scène une nouvelle beauté du Monde : Amazone.

Posté par herblog à 16:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


15 juillet 2008

une finlandaise au Brèsil

             Une fleur une rencontre

De combien de couleur l'eau est-elle capable ?

Une lumière, une chaleur et le vent sur le fleuve.

Des petites rides sur café au lait : matin amazonien.

Des oiseaux à voir voler ou entendre chanter...

Des petits oiseaux dans la tête, Sirkuu un nom musique, un nom d'oiseau !

Posté par herblog à 16:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

01 juillet 2008

un bout de lettre à Julie

(...)

La peau qui vit sa vie de peau, ses révolutions et sa routine. Peau brûlante, asséchée, humide, mouillée, imbibée-trempée ou juste fraîche... En arriver à n'être que sa peau, s'y réduire et s'y plaire.

Les caresses ou coups de fouet du vent sur cette peau ont pour echo le chant des vagues et les sifflements du bateau sur le grand Bleu. Chant colère ou mélancolie, hymne à la beauté, à l'absolu, à l'indiciblement simple. En finir par n'être que ses oreilles, s'orienter par les bruits, se délecter de chaque son. Inutile de fermer les yeux, ils n'existent déjà plus. J'ai vécu l'expression "toute ouïe".

Mais s'ils existaient (et c'est souvent le cas), ils verraient que ce grand Bleu n'est pas seulement bleu... et, d'ailleurs, quel bleu ? Je crois qu'ils ne sont pas comptables. Au dessus de l'infini des possibles couleurs de l'eau, flottent des milliards de ciels à l'intérieur desquels d'innombrables familles de nuages passent... ou pas.

Les paysages de la côte offrent des spectacles presque aussi grandioses que les vues du large : calme ou tempète ; soleil, lune, étoiles ou brouillard. Pouvoir n'être que ses yeux et ne pas moins être pour autant. S'émerveiller à la vue du moindre oiseau et de chaque poisson.

Chacun de vos sens comme une porte ouverte sur l'univers entier ; et, par delà ceux-ci, les plus insignifiantes parties du corps parviennent à contenir l'essence de votre "présence sur Terre"...

J'ai été mes cheveux et mes doigts de pieds, délicieux instants !

Suis rêve éveillée.

Un rêve sain, joyeux et tranquille. Rien à justifier, rien à analyser ; juste sourire et vivre.

Posté par herblog à 19:31 - Commentaires [0] - Permalien [#]

11 mai 2008

Formaccrostiche and other bullshit

F ais-toi plus petit que tu ne l'es déj A.
O béis aux vents tournants de la me R,
R éunis tes esprit, corps et âm E,
M iracle immobile de l'élan sans mouvemen T.
E coute ce silence qui crie soudai N :
"N o pasa nada, cierra los ojos, siguem E"
T erres sans drapeau et sans no M,
E aux multicolores où flotte un roche R,
R ien ne compte et tout existe : niveau zér O !
A présent tu y es : dans le vi F...

(celui de) l'île flottante de tous les bleus,
(celui de) l'éveil rêvé, du croyable irréel...
(celui de) Formentera.

Quand j'arrive, j'ai l'impression d'y être née, lorsque j'en pars, elle n'a jamais existé.

le soleil les moustiques
le sel de mer qui piquent
la peau...
douleurs vivantes, vivifiantes
les yeux se plissent au délice
des eaux...
de Formentera.

Posté par herblog à 17:57 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

formentera

Formentera les étoiles (filantes ou pas). Formentera l'écume et les algues, la pierre et le sable...
Le sel dans les veines, le soleil dans les cheveux, le corps dans la mer et du bleu plein les yeux. (可以吧 !!!)
Une odeur de sexe et de méduses, des effluves de coco et d'herbe à fumer.
The cliff escaleras !
La roche taillée par les vagues le sable et le vent, avec zèle, avec acharnement.
Beauté brutale.
Danger, il faut garder de l'émerveillement pour après... Foutaises ! S'émerveiller sans compter,
comme l'on boit, comme on aime... à la source intarissable des paroles inutiles.

Comment peut-on aimer les gens quand on a aimé la mer ?
Comment faire l'amour à la chair après avoir été pénétré(e) du vent ?
comment être fidèle à une âme si les éléments vous possèdent ?

-Je peux être ta chose, veux tu (bien) être la mienne ?
-Je ne comprends pas. N'es-tu point déjà otage, tout comme moi ?
-C'est en devenant ton esclave que je me libère !
-Ah ? Et c'est donc en me possédant que tu brises mes chaînes ?
-Oui , ton identité, c'est ce à quoi tu appartiens ; ta liberté : celui ou celle à qui tu es.
-Je ne comprends pas.
-On n'existe pas seul.
-Comment existe-t-on ?
-Avec, par et contre les Autres.
-Quand ?
-Tout le temps.
-Mais...
-Viens et tu verras.
-Je ne sais pas.
-Si, tu sais, suis moi.
-Je crois que je ne peux pas.
-Ne veux-tu donc pas exister ?
-On ne peut pas être et exister à la fois, si je ne te suis pas, je suis.
-Je ne te comprends pas, je croyais que tu m'aimais.
-On peut être et aimer.

Dans un avion au ras des pâquerettes, les écrans tombent des mêmes plafonds que les masques à oxygène.
Ils diffusent publicité et séries américaines.
Dans un hammac au ras de la marée... planer !

Música : Il dansait dans sa tête,
             elle a vu dans son coeur.
             Il choisît la tempête,
             elle s'est crue son âme-soeur.
             Il devint sa planète,
             son tombeau, son erreur.
             Il dansait dans sa tête,
             elle s'est noyée dans son coeur.

Ô combien de marins, combien de capitaines,
combien d'orphelins, combien de sirènes
ont dansé sur la peur, ont dormi sous la mer ?

C'est tellement facile d'être déçu(e) (même si l'on n'espérait rien).
Celui que l'on n'attendait pas, celui qui n'était même pas censé exister,
celui-ci débarque, vous boulverse et vous envahit...
sans même bouger, sans parler... à peine respire-t-il.
Respire-t-il ?
Celui-ci ne vous décevra pas. Comment le peut-on savoir ?
C'est juste une évidence, limpide comme l'eau des côtes sans vent de Formentera.

Rave party en la Mola. Partie de rêve. L'ai-je rêvée ? en partie oui.
Pour le reste, mon corps en garde les traces (somatiques ?... non)

Des petits yeux vert d'eau (genre lagon de Formentera), de longs cils,
cheveux bruns (courts) avec une longue dread blonde, un grand sourire qui découvre des dents tordues
(mamie dirait "des dents qui tricottent"). Un fond de barbe, un duvet... tout doux.
Un beau corps chaud tatoué au mollet, quelques piercings au visage...
Un homme beau comme une femme !

Cindy et Charlotte
Pierre et Béatrice
Martial et Tony
Diego et les Alberts...
Les Raimons, les ptis poissons...

Belles vacances, paresseuses et mouvementées.
se laisser rencontrer par des anges, enlever par des rêves, envoler par les étoiles...
Nos seuls "soucis" : les méduses et les vélos !!
Mais quelle joie d'être ici, quelle mansuétude, allegresse, légèreté. Je n'ose écrire "bonheur".
Penser à demain me refroidit. Les considérations académiques, la conjoncture sociale ou les projets d'avenir, me pétrifient.

Marcher sur les étoiles, des épines de la Mola plein les pieds. Danser entre les eaux, bleus et crouttes plein la peau.
Parler pour ne rien dire, dire tout sans parler. Bouger pour ne rien faire. Boire et rire, fumer et dormir...
Ecrire, ou plutôt prétendre... pour que mon stylo vide la page de son blanc uniforme.
Lire, ou plutôt prétendre pour que les mots vident ma tête.
Dormir, ou plutôt prétendre... pour que le soleil fasse disparaître mon corps.
L'on meurt après avoir vécu, après être né(e), mais l'on est pour toujours ou on n'est jamais.

Posté par herblog à 17:35 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

27 avril 2008

dialogues (premier tableau d'une pièce en suspens)

Le soir, un quai de gare en extérieur, une faible lumière (rares lampadaires), un banc avec B assis dessus, immobile et l’air absent. A arrive, arrière plan, il sera le seul à parler.

A : Bonsoir.

(…)

A : Il fait moins froid cette semaine, nous avons de la chance.

(…)

A : Vous attendez un train ?

Il n’en passe plus que deux par jour depuis les évènements. Vous êtes au courant je suppose.

(…)

A : Moi, je ne prends plus le train, on peut y faire de fâcheuses rencontres, vous savez ?

Mais j’aime bien passer par ici et regarder le reflet lointain des sémaphores faire vaciller les rails. Je m’assieds en silence (B gives a first glance, meaningless) et j’imagine suivre la voie ferrée jusqu’à l’océan.

Vous voyagez, vous ?

En général il n’y personne sur le quai le soir.

Vous allez vers la capitale ? Je n’y suis pas retourné depuis le dernier couvre-feu.

(silence)

A : Je travaillais en City-Center avant. La boutique « Esthétique Intérieur », vous connaissez ?

Rien à voir avec la décoration, c’était un centre de Spiritualité, c’est important, la Spiritualité… bien que…

Enfin, c’est passé. (soupir) Je n’ai même pas eu le temps de fermer la porte. On m’aura tout volé depuis, c’est certain ; On ne peut faire confiance à personne, vous savez ? Personne…

(B sourit, toujours silencieux)

A : C’était une belle boutique au sixième étage d’un vieil immeuble en pierre. Je l’avais aménagé avec beaucoup de goût. C’est tout ce qu’il doit rester là-bas : du goudron cassé et des pierres en gravas. Ca semble bête à dire mais j’ai bon goût en général, très bon goût même. Soixante-dix mètres carrés intérieur plus une terrasse style jardin d’hiver et de 53 mètres carrés… ambiance orientale minimaliste. J’avais passé des années à organiser chaque petit détail, vous ne pouvez pas imaginer, un vrai petit bijou, vous savez ? Et tout ça pour quoi ? … Enfin…

(silence)

Vous avez de la famille par ici ? J’avais un oncle mais je crois qu’il n’a pas survécu aux bombardements.

Cette boutique j’aurais voulu la céder à quelqu’un qui a du goût et de l’inspiration, quelqu’un de naturel et spirituel, un peu comme moi… mais plus jeune et plus fort.

Oui, car je suis malade (…) mais je ne veux pas vous embêter avec mes soucis.

(silence)

J’avais employé un jeune garçon pour m’aider, un ex délinquant qui venait d’ailleurs, mais propre et sérieux, attention ! Je sens les gens vous savez ? J’ai tout de suite su qu’on pouvait faire quelque chose de lui. Je le logeais et lui enseignais comment préparer les lotions et les crèmes, comment conseiller les clients, faire les massages et séances de méditation. Il était très souple et très beau, patient et silencieux… en fait vous lui ressemblez haha ha ! Il était surtout doué pour reconnaître les saveurs de thé et les fragrances dans les onguents… Il m’avait trouvé d’excellents disques de musique pour les séances de méditation urbaine. La musique aussi c’est important… bien que…

C’était un peu comme mon fils au final (soupir).

Parfois je me dis que je n’ai vraiment pas eu de chance, mais heureusement que je suis philosophe… ça aide de savoir penser la vie, vous savez ?

(…)

Les sirènes d’urgence nous déchiraient les tympans depuis déjà cinq jours quand Fil disparut. Le sixième matin d’alerte… personne. Je le croyais en retard et préparais les mots justes pour le sermonner. (Je n’aime pas les reproches injustes et crois être tolérant mais il faut enseigner la discipline sociale à nos jeunes, surtout quand ils ont grandi dans le chaos… Quels repères leur donne-t-on aujourd’hui, hein ? L’heure c’est l’heure, surtout au boulot. Mais je digresse, pardon, ça faisait longtemps que je n’avais pas discuté avec quelqu’un (2d glance from B over A).

Fil ne s’est plus jamais montré. J’aurais dû m’en douter, il n’était jamais en retard.

(sourire de A) enfin, qu’est-ce que vous voulez ?...

(plus bas :) Peut-être voulez-vous que je me taise ?

(long silence)

Fil et moi, c’était comme (…) Oui je dis « Fil » mais son nom c’est Philibert quelque chose, un nom de famille de là-bas, imprononçable bien sûr !

Et j’écris Fil avec un « F », vous voyez, je n’aime pas les diminutifs : ces espèces de raccourcis paresseux qui vous réduisent à quelques lettres. Le nom est la première chose qui vous définisse, vous ne croyez pas ? Bref, c’est davantage pour sa minceur et sa souplesse que je l’ai baptisé Fil, d’ailleurs le jour de notre rencontre il m’avait dit qu’il s’appelait Johnny, il n’aimait pas le prénom Philibert. Fil ça lui allait drôlement bien, je suis sûr qu’il a conservé ce nom, et je ne dis pas surnom ! (plus bas :) Oui, je sais qu’il vit encore.

Fil et moi c’était une fine équipe. Vous avez vécu ça, vous ? La complémentarité fusionnelle ? Je ne crois pas que ça arrive à tout le monde. Si tout le monde trouvait son complément, tout ça ne serait jamais arrivé.

Enfin… si je le revois, je lui paierai ce que je lui dois, ça faisait trois mois qu’il travaillait à l’œil. Je n’avais même plus assez pour acheter mes plantes, alors un salaire ! Mais j’avais un endroit secret où je cachais quelques économies, s’ils n’ont pas tout rasé, je pourrai sûrement les récupérer un jour.

Vous croyez en Dieu, vous ? (A éclate de rire) Aha ha haha ha !!!!!

Ou peut-être que c’est vous Dieu, après tout, qui sait ? Vous semblez un peu trop serein pour être mortel ! Remarquez, moi aussi je suis serein… La philosophie ça doit bien servir à quelque chose (A éclate à nouveau de rire) Aha ha !!

Je suis content de vous avoir rencontré, même si je sais que vous n’êtes pas Dieu… d’ailleurs je ne crois pas en Dieu… en tous cas pas comme les Autres y croient. Mais je dois vous laisser maintenant. Si c’est le train que vous attendez, il ne va pas tarder… Si c’est autre chose, je me permets de vous dire que ça n’arrivera pas ici. Ici rien ne se passe plus… et c’est mieux finalement.

Soyez prudent dans la capitale, et rappelez-vous qu’il n’y a personne à qui vous puissiez faire confiance. (plus bas :) Personne à part moi…

Fin du premier tableau, A s’en va par le côté opposé d’où il était venu. Noir.

Posté par herblog à 22:16 - - Commentaires [0] - Permalien [#]